L’Italie domine le classement 2025, mais la Grèce était première il y a quelques mois à peine. Deux leaders différents en moins d’un an sur le même palmarès – voilà qui dit beaucoup sur la solidité de ces notes. Avant de prendre ces chiffres pour vérité absolue, voici ce qu’ils révèlent réellement.
Comment TasteAtlas établit-il son classement des meilleures cuisines?
TasteAtlas n’est pas un jury de chefs étoilés enfermés dans une salle. Sa force – et sa limite – c’est le volume : 3 950 205 évaluations de plats et 115 660 notes d’ingrédients ont été compilées pour cette édition. L’édition 2025/2026 s’appuie spécifiquement sur plus de 590 000 évaluations valides, couvrant près de 19 000 aliments répertoriés dans la base.
La méthodologie pondère trois axes, dont l’authenticité du patrimoine culinaire qui compte pour 30 % de la note finale. Ce critère favorise mécaniquement les cuisines avec une longue tradition codifiée et des produits labellisés – ce qui explique en partie pourquoi l’Italie et la Grèce trustent le sommet.
Ce qui distingue cette édition des précédentes, c’est la volatilité du classement : le leader a changé deux fois en moins d’un an. Cela trahit des écarts de notes finalement très serrés entre le top 3, malgré des millions d’évaluations.
Top 10 gastronomie mondiale 2025 : qui mène vraiment le classement?
Selon TasteAtlas 2025/2026, l’Italie occupe la première place avec 4,61/5. C’est un retournement de situation : lors de l’édition précédente, la Grèce trônait à 4,69/5, l’Italie se contentant de la deuxième position avec 4,65/5.
Le top 5 complet place la Grèce, l’Italie, le Mexique, le Japon et la France dans cet ordre, suivis de l’Espagne, l’Indonésie, la Thaïlande, le Portugal et le Pérou. La Chine ferme ce top 10 avec 4,43/5 – un écart d’un quart de point avec l’Italie qui peut sembler faible, mais qui représente des dizaines de milliers d’évaluations convergentes.
| Rang | Pays | Note /5 |
|---|---|---|
| 1 | Italie | 4,61 |
| 2 | Grèce | – |
| 3 | Mexique | – |
| 4 | Japon | – |
| 5 | France | 4,54 |
| 10 | Chine | 4,43 |
Les plats qui tirent les scores vers le haut

La pizza napolitaine atteint 4,9/5 sur TasteAtlas – c’est le plat le mieux noté du classement, devant les spaghetti bolognaise à 4,8/5. Ces deux plats italiens à eux seuls créent un socle de notes hautes qui tire la moyenne nationale vers le sommet. Ajoutez à cela les 300 produits bénéficiant d’une AOC ou IGP en Italie, et vous comprenez pourquoi le critère « authenticité du patrimoine » joue en faveur de Rome.
La Grèce s’appuie sur une palette cohérente : moussaka à 4,7/5, souvlakis à 4,6/5, tzatziki à 4,5/5. Aucun plat ne flanche franchement, ce qui construit une moyenne solide sans pic spectaculaire. Le Mexique présente un profil différent, avec des tacos al pastor à 4,7/5 – un plat de rue populaire qui agrège un très grand nombre de votes.
Ce que ces chiffres ne montrent pas : la dispersion des notes. Un pays avec vingt plats à 4,5/5 peut être dépassé par un pays avec cinq plats à 4,9/5 et beaucoup de notes moyennes. La structure du catalogue culinaire compte autant que les meilleurs scores isolés.
Quelle est la place de la France dans ce classement mondial?
La France termine 8e avec 4,54/5 dans l’édition 2025/2026 – mais figure au 5e rang dans le top 5 de l’édition précédente selon les données disponibles. Son patrimoine culinaire est inscrit à l’UNESCO depuis 2010 avec le repas gastronomique des Français, et environ 80 % des chefs étoilés internationaux maîtrisent les bases de la cuisine française.
Paradoxe réel : la France est la grammaire de la haute gastronomie mondiale, mais elle ne domine plus les palmarès populaires. La technique française – fonds, sauces mères, émulsions – structure la formation culinaire partout sur la planète, tout en séduisant moins les évaluateurs grand public que la pizza napolitaine ou les tacos.
Côté restauration d’excellence, Paris reste présente : quatre adresses figurent dans le World’s 50 Best 2025 – La Table de Bruno Verjus, Plénitude, Septime et l’Arpège. Ce n’est pas anodin, mais c’est moins que ce que le statut historique de la cuisine française pourrait laisser attendre.
World’s 50 Best Restaurants 2025 : ce que le palmarès des établissements révèle

La liste a été révélée le 19 juin 2025 à Turin, lors de la 23e édition du palmarès. Elle rassemble des restaurants issus de 32 villes et 22 pays, avec 10 nouvelles entrées. Le fait de choisir Turin comme ville hôte n’est pas anodin : la capitale piémontaise est l’un des foyers du mouvement Slow Food, né dans cette région d’Italie.
Le sacre du Maido de Lima comme meilleur restaurant du monde 2025 est le signal le plus fort de cette édition. Le chef Mitsuharu Tsumura travaille une cuisine nikkei – fusion péruviano-japonaise – qui réunit deux des gastronomies les plus en vue du moment. C’est la deuxième fois que le Pérou décroche la première place, après Central en 2023.
Ce résultat confirme un mouvement de fond : les cuisines péruvienne et asiatique gagnent du terrain sur les gastronomies européennes traditionnelles dans les classements d’établissements. L’Europe reste bien représentée, mais elle ne capte plus automatiquement les premières places comme elle le faisait il y a dix ans.
Ces classements reflètent-ils vraiment la richesse gastronomique mondiale?
TasteAtlas récolte des millions de votes, mais ses évaluateurs ne sont pas représentatifs de l’humanité. Les internautes qui notent des plats sur une plateforme anglophone tendent à surreprésenter certains profils – voyageurs occidentaux, touristes gastronomes, urbains connectés. Une cuisine complexe peu médiatisée, sans diaspora massive ni industrie touristique développée, aura mécaniquement moins de notes.
Des cuisines comme la cuisine éthiopienne (injera, wot), la cuisine géorgienne (khinkali, churchkhela) ou la cuisine mexicaine des États de Oaxaca et Yucatán existent dans ces bases de données, mais avec un volume d’évaluations sans commune mesure avec la pizza napolitaine. Moins de votes signifie une moyenne plus volatile et souvent moins fiable.
Le World’s 50 Best présente un autre biais : son panel d’électeurs compte environ 1 000 professionnels – chefs, critiques, sommeliers – qui voyagent beaucoup et fréquentent naturellement les mêmes circuits. Cela produit un classement cohérent dans son univers, mais limité à une certaine idée de la gastronomie d’auteur.
Utilisez ces palmarès comme des points de départ, pas comme des verdicts. Ils disent quelque chose de réel sur la reconnaissance internationale d’une cuisine. Ils ne disent rien sur ce que vous mangeriez dans un marché d’Addis-Abeba ou dans une cantine de rue à Penang – et c’est souvent là que se passe l’essentiel.